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Pension alimentaire : comment se calcule le montant, et ce que la table ne dit pas

Près d’une famille sur trois qui perçoit une pension alimentaire a déjà connu des impayés. C’est le constat que la Caisse nationale des allocations familiales dressait en 2022, au moment de confier aux CAF le versement de la plupart des pensions.

Si vous êtes ici, l’une de ces phrases vous a sans doute traversé l’esprit :

  • « Je ne veux pas demander trop, je ne veux pas que ça tourne à la guerre. »
  • « Combien je vais devoir verser, et il me restera quoi pour vivre ? »
  • « On s’est mis d’accord sur un chiffre au téléphone. Ça vaut quelque chose ? »
  • « Le jugement dit avant le 10, l’argent arrive le 28. »

Ce qui pèse le plus, souvent, ce n’est pas le montant. C’est la gêne de parler d’argent avec la personne qu’on vient de quitter, au sujet de l’enfant qu’on aime tous les deux. Les règles qui suivent servent aussi à ça : poser sur la table un chiffre que personne n’a sorti de son chapeau.

Comment se calcule la pension alimentaire, concrètement ?

La loi pose un principe simple : chaque parent contribue à l’entretien et à l’éducation de l’enfant à proportion de ses ressources, de celles de l’autre parent et des besoins de l’enfant.

Le statut du couple change beaucoup de choses par ailleurs, comme le montre ce que le Pacs et le mariage protègent. La pension alimentaire, elle, suit les mêmes règles pour des parents mariés, pacsés ou non.

Pour traduire ce principe en euros, le ministère de la Justice publie une table de référence que les juges consultent. Le calcul se fait en trois temps :

  1. On part du revenu mensuel du parent qui verse.
  2. On en retire un minimum qui lui est laissé pour vivre, calé sur le RSA d’une personne seule : 652 € par mois dans la table en vigueur en octobre 2026.
  3. On applique au reste un pourcentage qui dépend du nombre d’enfants et du temps que l’enfant passe chez ce parent. Le résultat est un montant par enfant.
Calcul de la pension alimentaire : 2 000 € de revenu, moins 652 €, multiplié par 13,5 %, soit 181,98 € par mois pour un enfant

Le temps d’accueil pèse lourd. La table distingue trois situations :

  • Droit de visite réduit (une journée, une semaine sur deux, rencontres en lieu médiatisé) : 18 % pour un enfant, 15,5 % pour deux, 13,3 % pour trois.
  • Droit de visite classique (un week-end sur deux et la moitié des vacances) : 13,5 % pour un enfant, 11,5 % pour deux, 10 % pour trois.
  • Résidence alternée : 9 % pour un enfant, 7,8 % pour deux, 6,7 % pour trois.

Moins l’enfant vit chez un parent, plus ce parent contribue en argent, puisqu’il contribue moins au quotidien.

Sur le minimum déduit, nous ne retenons pas les 635,71 € ou 648 € encore affichés par beaucoup de simulateurs. La page officielle porte toujours la mention « mis à jour le 2 avril 2024 », mais ce montant a suivi le RSA : 636 €, puis 648 €, puis 652 € depuis avril 2026.

Quelques euros d’écart par mois. De quoi entretenir, pourtant, une dispute sur « le bon chiffre ».

On présente souvent la table comme le montant officiel. C’est inexact : elle ne regarde que les revenus du parent qui verse, alors que le juge part des avis d’imposition et des charges des deux foyers.

Les revenus d’un nouveau conjoint ne s’ajoutent pas à ceux du parent qui verse, mais un loyer partagé à deux lui laisse plus de marge, et le juge en tient compte.

Combien pour votre situation ? Des exemples chiffrés

Voici ce que donne la table pour un enfant, en euros par mois.

Revenu mensuel Réduit Classique Alternée
1 600 170,64 127,98 85,32
2 000 242,64 181,98 121,32
2 500 332,64 249,48 166,32
3 000 422,64 316,98 211,32

Avec plusieurs enfants, le pourcentage baisse mais s’applique à chacun. Un parent qui gagne 2 000 € et accueille ses deux enfants un week-end sur deux verse 155,02 € par enfant, soit 310,04 € au total. Avec trois enfants, c’est 134,80 € chacun, soit 404,40 €.

Pour votre propre cas, le simulateur officiel de la pension alimentaire applique la même table. Son résultat a la même limite qu’elle : un ordre de grandeur, que le juge reste libre d’ajuster.

En résidence alternée, la table affiche un montant, mais quand les deux parents gagnent à peu près la même chose, il n’y a souvent aucune pension. Elle apparaît quand l’écart de revenus est net, et le juge compare alors ce qui reste pour vivre dans chaque foyer.

Un montant modeste n’est pas toujours le dernier mot. Si le parent qui reçoit vit seul, la CAF peut compléter une pension inférieure à 200,78 € par enfant, c’est l’allocation de soutien familial dite différentielle. À 1 600 € de revenus en garde classique, la table donne 127,98 €, et la CAF ajoute 72,80 € par mois.

Peut-on fixer la pension sans passer devant le juge ?

Oui, et c’est souvent la voie la plus apaisée quand le dialogue tient. Un accord resté oral, en revanche, ne protège personne : sans titre exécutoire, impossible de faire recouvrer un impayé ou de confier le versement à la CAF.

Un dimanche soir, la table de la cuisine est couverte de papiers : deux avis d’imposition, un relevé de compte, le calendrier des vacances scolaires surligné de deux couleurs. L’enfant dort à l’étage. Chacun a fait son calcul de son côté, les deux chiffres ne se ressemblent pas, et personne n’ose dire le sien en premier.

C’est là qu’un repère extérieur aide. Il ne décide pas à votre place, il évite que la discussion porte sur qui est raisonnable. Trois chemins mènent à un accord qui a force exécutoire :

  • Vous étiez mariés : le montant figure dans la convention de divorce rédigée par les avocats, ou dans le jugement.
  • Vous étiez pacsés ou en concubinage : une convention parentale, que le juge aux affaires familiales homologue sur demande conjointe.
  • Même situation, sans juge : la CAF (ou la MSA) délivre elle-même un titre exécutoire, gratuitement et sans avocat, sur une demande signée des deux parents.

Pour un Pacs, les démarches de dissolution mettent fin au contrat entre vous deux, mais ne fixent rien pour l’enfant. La convention parentale se prépare à côté, et rien n’empêche de mener les deux en même temps.

La voie CAF cache un piège que presque personne ne signale. La CAF n’utilise pas la table de la Justice mais son propre barème minimal, fixé par arrêté en 2018, et refuse la convention si le montant convenu est en dessous.

Ce barème est plus exigeant pour trois parents payeurs sur quatre, relevait le Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge en novembre 2025, et 30 % des conventions sont rejetées pour cette raison.

Notre recommandation : faire les deux simulations avant d’écrire la moindre ligne, celle de la Justice et celle de la CAF, préalable à la demande de titre exécutoire. Si votre accord tombe entre les deux, mieux vaut demander directement l’homologation au juge, qui n’est pas tenu par le barème de la CAF.

Quand la vie change : revaloriser ou réviser le montant

Ces deux mots se ressemblent, ils ne désignent pas la même chose.

La revalorisation suit l’inflation. Prévue par une clause du jugement ou de la convention, elle s’applique chaque année, et c’est au parent qui verse de la faire sans attendre qu’on la lui réclame. Une pension de 300 € fixée en juin 2020 vaut 344,65 € au 1er janvier 2026, et les revalorisations oubliées se réclament.

La révision change le montant lui-même. Elle suppose un élément nouveau depuis la dernière décision :

  • une perte d’emploi ou une baisse de revenus,
  • une hausse nette des revenus de l’autre parent,
  • un changement du mode de garde,
  • des besoins de l’enfant qui augmentent.

À défaut d’accord, la demande va au juge aux affaires familiales, avec un formulaire et les justificatifs du changement. La procédure est gratuite, l’avocat n’est pas obligatoire.

On pourrait croire qu’une demande de hausse ne peut que faire monter la pension. Pas tout à fait. Le juge réexamine les ressources des deux parents, et le montant peut bouger dans l’autre sens si votre propre situation s’est améliorée.

Quand ce sont vos revenus qui baissent, le réflexe protecteur est de saisir le juge tout de suite plutôt que de réduire le virement en attendant. Le montant fixé reste dû tant qu’un nouveau titre ne l’a pas modifié, et deux mois sans le payer intégralement suffisent à constituer le délit d’abandon de famille.

Et si elle n’est pas payée, ou pas à la bonne date ?

Dès qu’un titre exécutoire fixe la pension, l’intermédiation financière se met en principe en place. Le parent qui verse paie l’agence de recouvrement des pensions alimentaires (ARIPA), gérée par la CAF ou la MSA, qui reverse la somme le lendemain. Le service est gratuit pour les deux.

Si votre titre ne la prévoit pas, parce qu’il est ancien ou qu’elle a été écartée, un seul parent peut la demander en ligne, sans l’accord de l’autre et sans être allocataire.

Nous déconseillons d’y renoncer, même quand tout se passe bien. Sans elle, au premier impayé, c’est au parent qui attend l’argent de faire les démarches. Avec elle, la CAF revalorise la pension chaque année et relance à votre place.

Si la pension passait jusqu’ici par l’ancien compte commun, c’est le moment de sortir proprement du compte joint : tant qu’il n’est pas clôturé, chacun reste engagé par ce que l’autre y fait.

Le calendrier de l’intermédiation surprend souvent les premiers mois :

  • Pendant l’examen du dossier, la pension continue d’être payée directement entre parents.
  • Le premier versement de l’ARIPA arrive au plus tard 60 jours après un dossier complet.
  • Hors décision du juge, le parent qui verse choisit de payer le 1er, le 10 ou le 15 du mois.
  • L’ARIPA apprécie le paiement sur le mois entier : une pension reçue le 28 n’est pas un impayé à ses yeux, même si le jugement disait « avant le 10 ».

Mieux vaut donc attendre le 1er du mois suivant pour la contacter. Le compte ARIPA est distinct du compte CAF habituel, et le 3238 permet d’obtenir un rendez-vous téléphonique avec la personne qui suit le dossier.

Circuit de la pension avec l'ARIPA : versement le 1er, le 10 ou le 15, reversement le lendemain, recouvrement et allocation de soutien familial en cas d'impayé

En cas d’impayé réel, l’ARIPA relance d’abord à l’amiable, puis se fait payer directement par l’employeur, la banque ou la caisse qui verse des revenus au parent débiteur. Elle remonte jusqu’à cinq ans d’arriérés, et facture à ce parent 7,5 % de la somme due en recouvrement amiable, 10 % en recouvrement forcé.

La CNAF affiche 80 % de recouvrement en 2024. Nous ne prenons pas ce chiffre au pied de la lettre : il ne compte que les dossiers où une procédure a pu être engagée. En y ajoutant les autres, souvent ceux d’un parent hors d’état de payer, la Cour des comptes ramenait le taux de 2023 de 69,8 % à 38 %.

C’est pour ces situations que l’allocation de soutien familial existe. Si vous élevez seul un enfant de moins de 20 ans, la CAF peut vous verser, sur demande, 200,78 € par mois et par enfant dès le premier mois d’impayé, puis se retourne elle-même contre l’autre parent.

Questions fréquentes

La pension alimentaire est-elle imposable ?

Hors résidence alternée, oui pour le parent qui la reçoit. Celui qui la verse la déduit de ses revenus (case 6GU), à condition que l’enfant ne soit pas compté à sa charge. Les frais de trajet du droit de visite, eux, ne se déduisent pas.

En résidence alternée, celui qui verse ne déduit rien, puisqu’il a déjà une part fiscale partagée, et celui qui reçoit n’est pas imposé dessus. Une exonération pour le parent qui reçoit revient dans les débats budgétaires depuis l’automne 2025, sans avoir été adoptée à ce jour : la règle se vérifie au moment de déclarer.

Que comprend la pension alimentaire ?

Tous les frais courants de l’enfant : nourriture, vêtements, logement, transports, cantine, loisirs. Les dépenses plus lourdes, comme un appareil dentaire mal remboursé, un voyage scolaire ou le permis de conduire, ne se partagent en plus que si le jugement ou la convention le prévoit. Sinon, il faut passer par le juge.

Faut-il la verser pendant les vacances ?

Oui, en entier. La pension se paie douze mois sur douze, même quand l’enfant passe l’été chez le parent qui la verse. Le temps d’accueil est déjà intégré dans le pourcentage de la table.

Quand s’arrête la pension alimentaire ?

Pas aux 18 ans de l’enfant. Elle continue tant qu’il poursuit ses études ou n’est pas autonome financièrement. Pour l’arrêter, il faut un nouveau titre : un accord homologué ou une décision du juge aux affaires familiales, que l’on peut saisir sans avocat. En cas d’intermédiation, envoyer soi-même la nouvelle décision à l’ARIPA évite des prélèvements qui continuent.

Un montant posé sur une base que les deux parents peuvent vérifier, puis versé par un tiers, sort l’argent des conversations du vendredi soir au moment de rendre le sac. Il reste alors l’essentiel à se dire : comment va l’enfant.

Sources officielles

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