Partir le lendemain du mariage, valises bouclées à trois heures du matin, ou attendre six mois pour le grand voyage dont vous parlez depuis des années ?
C’est la première décision d’une lune de miel, et elle en commande cinq autres. Prises dans le désordre, elles se bloquent entre elles : un billet au mauvais nom, des jours de congé qui ne se reportent pas, une cagnotte qui arrive après le départ. Chacun de ces pièges se désamorce en quelques minutes, à condition de le voir avant de payer.
Partir tout de suite, ou dans six mois ?
Partir dès le lendemain reste l’image classique du voyage de noces. Son défaut, c’est la fatigue : après un mariage, il faut souvent une bonne semaine pour récupérer, et un vol de douze heures le dimanche matin n’arrange rien.
Attendre, alors ? Un grand voyage repoussé « à plus tard » a une fâcheuse tendance à ne jamais avoir lieu. Dans un sondage CSA de 2018, 86 % des futurs mariés comptaient partir, et 61 % des jeunes mariés l’avaient vraiment fait. Pas les mêmes personnes interrogées, mais l’écart parle.
La formule qui concilie les deux se joue en deux temps :
- un départ court juste après le mariage, deux à quatre nuits, à moins de trois heures de route, pour dormir et être enfin seuls ;
- le grand voyage trois à six mois plus tard, à la bonne saison pour la destination, avec des congés reconstitués et des billets moins chers.
Notre recommandation va à cette formule, à une condition : la date du grand voyage est posée avant le mariage, vols réservés si possible. Sans date, « plus tard » devient « quand on aura le temps ». Autrement dit, jamais.
Fixez cette date en même temps que les trois verrous de l’organisation du mariage, pas trois semaines avant la noce.

Le départ court, lui, se prépare comme un week-end en amoureux qui fait vraiment du bien : peu de route, peu d’activités, beaucoup de temps.
Côté travail, un salarié a droit à 4 jours de congé pour son mariage, 4 aussi pour un Pacs, payés et non déduits des congés payés. D’après la fiche officielle sur le congé pour mariage ou Pacs, ils se prennent dans la période de l’événement : ils financent le départ court, pas un voyage en février.
Votre convention collective peut prévoir davantage. Et si vous vous êtes pacsés avant de vous marier, le mariage ouvre droit à un nouveau congé.
Petite digression : à l’origine, la lune de miel désignait le premier mois du mariage, le plus doux, pas un voyage. Rien n’oblige à la vivre au bout du monde.
Combien mettre vraiment, et dans quoi ?
Les budgets moyens de voyage de noces qui circulent, nous les avons écartés : la seule enquête française un peu solide date de 2018, les chiffres récents viennent de Belgique ou de vendeurs de séjours. Et une moyenne ne dit pas combien coûte votre voyage à vous.
Le budget réel tient en une ligne : vols + nuits + (budget quotidien sur place × nombre de jours) + formalités + assurance. Les postes qu’on oublie :
- les transferts sur place, bateau, petit avion ou longue route, souvent facturés à part dans les îles ;
- les repas : dix jours à deux, c’est quarante repas hors petit-déjeuner ;
- les formalités, comme le visa payant à l’arrivée en Indonésie, la taxe touristique de 150 000 roupies à chaque entrée à Bali ou l’ESTA américain ;
- l’assurance, si votre carte bancaire ne couvre pas l’annulation.
La saison pèse plus lourd que la destination : pour la même chambre, l’écart entre haute et basse saison va facilement du simple au double, parfois au triple. Décaler de trois semaines rapporte plus que de rogner sur l’hôtel.
C’est ce que laisse le mariage qui fixe le plafond du voyage. Si vous en êtes encore aux devis, partez des deux chiffres qui décident du budget mariage.
Liste, cagnotte ou épargne : qui paie quoi ?
Faire participer les invités est devenu banal, et ce qui décide vraiment du montant reçu sur une liste de mariage se joue dès le faire-part. Restent trois pièges propres au voyage.
L’argent arrive après le mariage. Pour un départ le lendemain, tout est payé depuis des mois : la cagnotte rembourse votre épargne, elle ne finance rien. Pour le grand voyage, les vols partent de l’épargne, la cagnotte paie ensuite les nuits et les excursions.
Une cagnotte ouverte chez un vendeur de voyages peut rester chez lui. Avant de l’ouvrir, demandez par écrit si la somme peut être virée sur votre compte, à quel coût et dans quel délai.
Le mode de paiement décide de votre assurance. L’assurance annulation d’une carte bancaire haut de gamme ne joue en général que si le voyage a été réglé, au moins en partie, avec cette carte. Un séjour payé depuis une cagnotte ou par virement peut sortir de la garantie. Réglez au moins l’acompte avec la carte, ou prenez une assurance dédiée le jour même de la réservation.
Dans la notice, la maladie grave ou le décès d’un proche figurent presque toujours, le changement d’avis jamais.
Où partir selon le mois de votre mariage ?
Partez du calendrier, pas de la carte postale. Une île tropicale en pleine saison des pluies déçoit, même avec un hôtel parfait : rayez d’abord ce qui ne va pas avec votre mois de départ.
| Vous partez en… | Ce qui tient la route | Ce qui coince |
|---|---|---|
| Mai, juin | Polynésie, Bali, île Maurice, Grèce et Italie avant la foule | Antilles et Mexique en saison cyclonique dès le 1er juin, Japon sous la pluie en juin |
| Juillet, août | Bali, Polynésie, safari en Tanzanie ou au Kenya, Namibie, Canada | Méditerranée bondée et chère, côte ouest de la Thaïlande sous la mousson |
| Septembre à novembre | Réunion, Maurice, Polynésie, Japon en octobre et novembre, Jordanie | Caraïbes au pic des cyclones jusqu’à fin octobre, pluies à Bali dès novembre |
| Décembre à février | Antilles, Mexique, Costa Rica, côte ouest de la Thaïlande, Maldives | Réunion et Maurice en saison cyclonique, Polynésie et Bali sous la pluie |
| Mars, avril | Japon et ses cerisiers, Maldives, Mexique, Jordanie | Réunion et Maurice en saison cyclonique jusqu’à fin avril |
Comptez aussi le trajet : un aller-retour en Polynésie, c’est environ deux jours d’avion, un cinquième d’un voyage de dix jours. Sous dix jours sur place, nous déconseillons tout ce qui dépasse dix heures de vol, car le décalage horaire et les deux journées de transit mangent le séjour.
Quel nom sur les billets, et vos passeports vont-ils tenir ?
Le piège le plus bête tient dans une case. Le nom sur le billet doit être celui du passeport avec lequel vous voyagerez, tel qu’il apparaît dans les deux lignes codées en bas de la page photo, celles que lisent les bornes. Sur un passeport français, c’est en pratique le nom de famille, même si un nom d’usage figure aussi sur la page.
Le scénario classique : billet au nouveau nom, passeport encore à l’ancien. Enregistrement en ligne bloqué, comptoir la veille du départ, parfois un billet à annuler puis réémettre. Pas le meilleur début de voyage de noces.
Or vous n’avez pas le choix au moment de réserver. Le nom d’usage, celui de votre conjoint seul ou accolé au vôtre, ne s’inscrit sur un passeport qu’avec un acte de mariage, donc après la cérémonie, et sans aucun délai imposé. Pour un Pacs, la question ne se pose pas : le nom d’un partenaire ne peut pas devenir un nom d’usage.
D’où la règle : réservez au nom du passeport que vous avez aujourd’hui, et ne le changez qu’au retour. Le refaire entre-temps crée un second piège, car l’ESTA, l’autorisation électronique pour les États-Unis, suit le passeport déclaré. Nouveau passeport, nouvel ESTA, rappelle la fiche officielle d’entrée aux États-Unis.

Reste la validité, qui ne se calcule pas pareil partout :
- aux Maldives, au moins 6 mois après la fin du séjour ;
- en Indonésie, donc à Bali, plus de 6 mois à la date d’entrée, avec un passeport en très bon état, faute de quoi l’entrée peut être refusée ;
- aux États-Unis, la durée du séjour suffit pour un Français, 6 mois restant recommandés.
Un passeport qui expire dans l’année se renouvelle avant de réserver quoi que ce soit. Et pas en mai : les délais de fabrication s’allongent à l’approche de l’été.
Avant le premier acompte, six gestes dans cet ordre
Chaque geste conditionne le suivant :
- Posez vos congés : les 4 jours de mariage collés au jour J, plus les congés payés du grand voyage.
- Ouvrez vos deux passeports : date d’expiration, état des pages, nom exact dans les lignes codées.
- Choisissez le mois, puis la destination, avec le tableau ci-dessus.
- Réservez les vols au nom du passeport, acompte réglé avec la carte qui couvre l’annulation, ou assurance dédiée prise le jour même.
- Ouvrez la cagnotte pour les nuits et les excursions, après avoir vérifié qu’elle peut être virée sur votre compte.
- Demandez les autorisations électroniques une fois vols et passeports définitifs : l’ESTA au moins 72 heures avant le départ, le formulaire indonésien dans les 72 heures avant l’arrivée.
La chambre avec vue, le dîner les pieds dans le sable, la surprise que l’un prépare pour l’autre : tout cela attendra que ces six lignes soient cochées. Et c’est là que la préparation redevient un plaisir à deux.
Sources officielles
- Nom d’usage : utilisation du nom de sa femme ou de son mari. Inscription sur le passeport avec un acte de mariage, sans délai imposé, impossible pour un partenaire de Pacs.
- Maldives, entrée et séjour : passeport valable 6 mois après la fin du séjour.
- Indonésie, entrée et séjour : validité de plus de 6 mois à l’entrée, état du passeport, formulaire en ligne et taxe touristique de Bali.